50e siècle, Manhattan. Halo Jones est une jeune fille ordinaire qui vit dans l’Anneau, une sorte de guetto où misère, chômage et ennui sont un lot quotidien. Un futur sans avenir s’offre à elle dans ce monde mortifère régit par un gouvernement belliqueux. Les armes circulent en libre service, les policiers sont d’anciens criminels, les émeutes sont monnaie courante, une guerre spatiale se prépare… Le fait même d’aller faire quelques courses est un challenge, un véritable parcours du combattant ! Halo rêve pourtant d’aventures et de voyages interstellaires. C’est à la mort d’une de ses amies qu’elle décide de quitter l’Anneau et se lance à corps perdu dans une succession de jobs d’appoint qui l’emmèneront à découvrir de multiples planètes mais aussi la cruauté profonde de l’être humain.




La ballade de Halo Jones est l’une des premières œuvres majeures d’Alan Moore, auteur mondialement connu pour notamment Watchmen, From Hell, V for Vendetta…. Elle a été publiée entre 1984 et 1986 dans l’hebdomadaire britannique 2000 AD, spécialisé dans la bande dessinée de science-fiction comme Judge Dredd. Désirant attirer un public plus féminin, le journal décide de publier les aventures extraordinaires d’une fille ordinaire : Halo Jones est née, avec comme pères Alan Moore et Ian Gibson.
Initialement prévue en neuf tomes, la série fut arrêtée au troisième tome en raison d’un différent avec l’éditeur. En France, seul le premier tome avait été publié par Zenda en 1990. Bonne mise en bouche, elle avait tout de même de quoi frustrer les lecteurs français. Vingt-et-un ans après, les Editions Soleil réparent cette erreur en éditant une somptueuse intégrale dans leur collection US Comics sous le label « Les trésors d’Alan Moore ».

Dès les premières pages de La ballade de Halo Jones, on loue le talent d’Alan Moore. Il est, à mon sens, un des rares auteurs à pouvoir inventer des mondes et univers complètement dingues mais parfaitement crédibles. Le scénario, un peu difficile pour le néophyte à cause de certains termes techniques propres à la science-fiction, tient la route et permet de faire évoluer de manière significative les personnages. Au fil de ses aventures, Halo Jones devient plus mature, plus complexe, plus forte en un sens mais tout autant vulnérable face aux démons sociétaux (solitude, aliénation, cruauté intrinsèque à l’espèce humaine). Parallèlement, le scénario aussi prend en consistance, devient plus « intense » comme en témoigne une fin magistrale. Si le début du récit développe les traits d’humour et une ambiance plutôt légère, La ballade de Halo Jones évoque aussi la mort et la solitude. Alan Moore en fait presque une œuvre intime par sa manière très personnelle d’aborder ces sujets.
Si le dessin de Ian Gibson paraît de prime abord assez daté et pas toujours très lisible, on s’y habitue assez vite et prend plaisir à chercher les moindres détails dans les décors. Appuyant parfaitement le récit de Moore, le trait de Gibson construit un puissant univers tout en rondeurs, fouillé et crédible. Saluons également les très belles planches de la seconde moitié de l’ouvrage : Ian Gibson s’éclate, et le lecteur aussi.

La ballade de Halo Jones est une œuvre méconnue d’Alan Moore, et pourtant c’est un récit puissant, émouvant, barré, intelligent… Il faudrait presque inventer un terme pour le qualifier. Les Editions Soleil ont saisi la subtilité d’Halo Jones et proposent une très belle édition de l’œuvre : 190 pages, couverture cartonnée, objet soigné, couvertures bonus à la fin… Mon seul regret ? Le manque de rigueur au niveau de la correction et les multiples coquilles qui parsèment les centaines de pages de l’album.

Envie de voir les premières pages de La ballade de Halo Jones ? C’est par ici.

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Titre : La ballade de Halo Jones
Scénariste : Alan Moore
Dessinateur : Ian Gibson
Editeur : Soleil (juillet 2011)
Collection : Soleil US Comics – Les trésors d’Alan Moore
Prix : 25 €
Format : 209 x 261 – 190 pages
ISBN : 978-2302017535


Article publié initialement sur www.mythologica.net