Ce n’est un secret pour personne : Antoine Dole est l’un de mes auteurs favoris. Sa plume me parle, me transporte, agit comme une catharsis et à la fois une torture. Antoine Dole me touche, si bien qu’à chaque fois j’ai besoin de quelques minutes pour me remettre de ma lecture, quelques instants pour digérer les mots, les flashs et ses histoires passionnées.
Avec A copier 100 fois, Antoine Dole s’écarte du registre Exprim’ pour les Mini-romans Sarbacane. Ce changement de collection ne l’empêche pas pour autant d’aborder un sujet dit « sensible » : l’homosexualité, encore « pire », aux prémices de l’adolescence. Sujet d’actualité, sujet touchy… sujet citoyen (on n’est pas ici pour faire de la politique, mais je vous invite à manifester le 27 janvier à Paris en faveur du mariage pour tous, l’égalité n’a pas d’orientation sexuelle).
Pour faire court, Antoine Dole tape, encore une fois, juste avec ce petit roman de 56 pages qui se lit d’une traite, parfois le ventre noué et les yeux brillants.
« Mais on s’y fait Sarah, à ce monde qui cogne et qui heurte, c’est celui dont on avait peur la nuit quand on était petits. Quand ma mère me disait que les monstres n’existaient pas, que fallait pas avoir peur, c’était pas vrai Sarah. Ces monstres-là , ils existent, moi j’en ai rencontré. On s’y fait et c’est le pire, on s’habitue à tout. »
p.21
Mais rentrons dans le vif du sujet. A copier 100 fois, de quoi ça parle ?
D’un jeune garçon de 13 ans, brutalisé à l’école à cause de son homosexualité. Vincent et sa bande prennent un malin plaisir à lui rappeler tous les jours qu’il est différent, qu’il n’est pas NORMAL. Douce normalité. Difficile de répondre aux coups lorsqu’on n’est pas bien costaud face à une bande de brutes. Heureusement, il y a Sarah. Sarah, elle ose leur tenir tête, et elle est en quelque sorte la bouffée d’air frais, le rayon de soleil de notre héros. Il n’y a qu’avec elle qu’il peut être lui-même. Ne parlons pas de la maison où les ecchymoses cohabitent avec le regard lourd et le silence du père. Etre différent jusque dans sa propre maison…
L’écriture vive d’Antoine Dole donne toute la consistance à ce jeune homme qui n’arrive pas à trouver sa place. Dès les premières lignes, le lecteur plonge la tête la première dans le quotidien de notre héros. Narrateur de l’histoire, il expose sans fioriture les difficultés et la souffrance que peut ressentir un être humain, et encore plus un être en pleine construction identitaire.
« A quoi ça sert tout ça ? Papa m’a dit cent fois d’être un homme, et d’agir comme un homme. Oui mais papa, lequel ? Je veux pas être comme Vincent, n’être fait que de bruits, de cris et de colère. Pourquoi tu m’apprends pas les mots, plutôt ? Les mots qui soulagent, les mots qui apaisent, je voudrais avoir les mots qui soignent, ceux qui ne laissent pas seul. »
p.25
Vif, succinct, prenant. Brutal aussi. A copier sans 100 fois ne laissera pas indifférent ; et tant mieux. On n’aurait pas pu trouver mieux comme lecture aujourd’hui, à l’heure où l’homosexualité est au cœur des débats. Quelque soit son opinion sur le mariage pour tous, l’adoption ou la PMA, il serait intéressant pour tous de lire ce court récit, se mettre à la place de quelqu’un qui le vit « de l’intérieur ». Depuis que le mariage pour tous fait les choux gras des médias et des conversations, les études montrent que les homosexuels se sentent de plus en plus stigmatisés et vulnérables face à la violence ambiante. Il serait alors peut-être temps de se poser un peu, et réfléchir de manière intelligente à la situation. Nous ne sommes pas des animaux, pourquoi nous comportons-nous de manière si peu civilisée ? Craignons-nous encore tant que ça la différence ? Mais qu’est-ce que la norme ?
Et si on oubliait simplement toutes ces questions pour penser aux êtres humains qui subissent toute cette bêtise intolérante ? Civitas devrait lire A copier 100 fois. Ces hommes et ces femmes qui s’insurgent et se permettent de juger l’orientation sexuelle des autres devraient lire A copier 100 fois. Ceux qui s’en moquent aussi. A copier 100 fois devrait être disponible dans les écoles pour sensibiliser la jeune génération et dire aux jeunes incompris « tu n’es pas seul, tiens bon ! ».
« Papa m’a dit une fois, une seule, ces mots que je n’oublierai pas. Les seuls mots qui comptent. Les seuls mots qui rendent fort. »
p.56
Merci Antoine pour ce texte encore une fois magnifique. Merci d’avoir du courage, merci de mettre des mots sur la souffrance de tant de personnes. Merci de nous toucher en plein cœur. Par contre, la prochaine fois, prévois la vente couplée avec un paquet de mouchoirs et un paquet de Pépito ! 
Merci.
Mention spéciale pour la couverture : jolie, attractive et métaphoriquement bien trouvée.
Un grand bravo à l’équipe Sarbacane et à Tibo Bérard !